SNBDA : concevoir un système graphique commun à plusieurs fanzines
Créer un logo, c’est donner une identité à une publication. Mais lorsque plusieurs fanzines coexistent au sein d’une même association, une autre question apparaît : comment organiser leurs informations, distinguer leurs publics et construire une cohérence graphique sans uniformiser leurs identités ?
C’est cette réflexion qui a accompagné mon travail sur le SNBDA, un système adopté par deux fanzines de l’AccaBD, association de bande dessinée basée à Caen, en Normandie.
Une troisième publication, destinée à un public adulte, doit également rejoindre ce dispositif en 2028.
L’objectif dépasse la création d’un simple cartouche informatif. Il s’agit de concevoir un langage graphique capable d’accompagner plusieurs publications, chacune avec son identité, ses auteurs et son lectorat.

Un besoin commun à plusieurs publications
Chaque fanzine possède sa propre personnalité.
Bol d’Encre, publication historique de l’AccaBD, accueille des créations issues de différents univers de la bande dessinée.
D’autres publications de l’association s’adressent à des lectorats spécifiques.
Cette diversité constitue une richesse, mais elle pose également des questions de communication.
Comment permettre au lecteur d’identifier rapidement une publication ?
Comment lui transmettre les informations essentielles sans encombrer la couverture ?
Comment conserver une cohérence entre plusieurs fanzines qui ne partagent pas nécessairement les mêmes codes graphiques ?
Et surtout, comment concevoir un système suffisamment souple pour accueillir de nouvelles publications ?
La réponse ne pouvait pas se limiter à reproduire le même habillage sur toutes les couvertures.
Il fallait construire des repères communs sans effacer les différences.
Concevoir un système plutôt qu’un simple élément décoratif
Les visuels présentés développent le sigle en « Système de Notation des Bandes Dessinées par Âge ». Le livre ouvert donne un repère commun à une famille d’étiquettes combinant code, couleur et indication du public.
Je distingue deux composants complémentaires : le SNBDA fournit la signalétique du public conseillé ; le cartouche éditorial accueille cette signalétique à côté du numéro, de la date, du prix et de l’identité associative. La classification peut aussi être utilisée seule.
Un cartouche graphique peut sembler anodin.
Quelques informations, des formes géométriques, un numéro et un pictogramme.
Pourtant, lorsqu’il doit fonctionner sur plusieurs publications, sa conception devient plus complexe.
Il faut réfléchir à la nature des informations, à leur importance, à leur organisation et à leur représentation.
Le dispositif doit également rester compréhensible lorsqu’il change de couleur, de format ou d’environnement graphique.
C’est dans cette logique que s’inscrit mon travail sur le SNBDA.
Une structure identifiable
Le principe du cartouche consiste à réunir des informations éditoriales dans une zone graphique clairement délimitée.
Le lecteur doit pouvoir retrouver ses repères d’un numéro à l’autre.
La composition peut évoluer, mais son organisation générale conserve une logique commune.
Une identité adaptable
Le dispositif éditorial ne doit pas imposer une direction artistique unique à toutes les publications.
Chaque fanzine conserve son logo, son univers chromatique et sa personnalité.
Le SNBDA intervient comme un élément transversal.
Il crée une continuité entre les publications sans chercher à les rendre identiques.
Une identité commune n’exige pas une esthétique uniforme.
Des inspirations entre comics américains et cartouches anciens
Pour concevoir ce dispositif, je me suis notamment intéressé à deux formes d’organisation graphique.
Les comics américains
Les couvertures de comics utilisent depuis longtemps des espaces réservés aux informations éditoriales.
Numéro, date, prix, éditeur ou indications particulières peuvent être regroupés dans des zones facilement identifiables.
Cette organisation présente un avantage évident : elle permet de transmettre des informations sans les disperser sur toute la couverture.
Elle crée également des habitudes de lecture.
Le lecteur sait où chercher certains renseignements.
Les cartouches de l’Égypte ancienne
Les cartouches égyptiens reposent sur un principe différent, mais graphiquement intéressant.
Ils rassemblent plusieurs signes à l’intérieur d’une forme délimitée.
Cette organisation transforme un ensemble de symboles en une composition identifiable.
L’intérêt de cette référence n’était pas de reproduire une esthétique antique.
Il s’agissait plutôt de reprendre une logique de construction : organiser plusieurs éléments distincts dans une forme graphique cohérente.
Transformer ces références en un langage contemporain
Ces deux inspirations ont nourri la conception du cartouche éditorial.
L’objectif était de réunir les avantages d’une organisation fonctionnelle et d’une composition graphique reconnaissable.
Le résultat devait rester compatible avec des couvertures contemporaines et des univers illustratifs très différents.
Organiser les informations selon leur fonction
L’un des principaux enjeux d’un système éditorial consiste à hiérarchiser les informations.
Toutes n’ont pas la même importance.
Certaines permettent d’identifier la publication.
D’autres renseignent sur son édition ou son public.
Les regrouper sans hiérarchie reviendrait simplement à déplacer le désordre dans un rectangle.
Le travail consiste donc à organiser ces informations pour faciliter leur identification.
Le numéro de publication
Le numéro permet de situer une édition dans la collection.
Il constitue également un repère pour les lecteurs qui souhaitent retrouver un exemplaire particulier.
Son emplacement doit rester identifiable d’une publication à l’autre.
La date de parution
L’intégration de l’année et du mois permet de préciser la période de publication.
Cette information devient particulièrement intéressante lorsqu’un fanzine développe son rythme de parution.
Elle facilite également l’archivage et l’identification des éditions.
L’identité associative
Le cartouche peut accueillir le logo de l’AccaBD.
Cette présence permet de rattacher visuellement la publication à l’association.
Elle constitue un lien entre plusieurs fanzines possédant des identités graphiques distinctes.
L’identification du public
Cette information joue un rôle particulier.
Les publications de l’AccaBD ne s’adressent pas nécessairement aux mêmes lecteurs.
Il est donc important de pouvoir communiquer clairement leur destination éditoriale.
L’intégration du SNBDA participe à cette logique d’identification.

Le SNBDA : identifier les publics sans dénaturer les couvertures
L’âge conseillé relève d’un choix éditorial du comité de rédaction ou de l’auteur. Le signe graphique rend ce choix visible : il ne remplace pas l’examen du contenu.
L’indication du public auquel s’adresse une publication doit être suffisamment visible pour remplir sa fonction.
Mais elle ne doit pas nécessairement devenir l’élément dominant de la couverture.
C’est tout l’intérêt d’intégrer cette information dans un système graphique cohérent.
Le SNBDA trouve sa place dans une organisation éditoriale plus large.
Son traitement graphique doit permettre de transmettre l’information tout en respectant l’identité de chaque fanzine.
Une information qui doit rester compréhensible
Une signalétique ne peut pas reposer uniquement sur son esthétique.
Elle doit posséder une signification identifiable.
Le lecteur doit pouvoir comprendre à quel public s’adresse la publication.
Le travail graphique consiste donc à trouver un équilibre entre reconnaissance visuelle, cohérence éditoriale et clarté de l’information.
Une intégration discrète, mais assumée
Le dispositif ne cherche pas à concurrencer l’illustration principale.
Il occupe une place définie dans la composition.
Cette intégration permet de préserver l’impact artistique de la couverture tout en conservant les informations nécessaires au lecteur.
La signalétique doit être visible lorsqu’on la cherche, sans nécessairement monopoliser le regard.

Cette planche présente les codes BB, E3, E5, E7, E10, A12, A14, A16, A18 et A21, ainsi que TP et ERO. La catégorie A18 comporte les repères VIO, SEX et PSY. La documentation en ligne présente une autre version : les visuels ci-dessus constituent la référence graphique de cette étude.
Un système modulaire pour plusieurs fanzines
L’un des intérêts majeurs de cette conception réside dans sa capacité à évoluer.
Un système graphique destiné à une seule publication peut être construit autour de contraintes très spécifiques.
Mais lorsqu’il doit accompagner plusieurs fanzines, il faut anticiper les différences.
Les formats peuvent varier.
Les couleurs peuvent changer.
Les logos peuvent posséder des proportions très différentes.
Les informations éditoriales peuvent également évoluer selon les publications.
Des règles communes
Le dispositif repose sur une organisation identifiable.
Certaines fonctions restent constantes, notamment l’identification de la publication et la présentation des informations essentielles.
Cette stabilité facilite son utilisation sur plusieurs supports.
Des adaptations propres à chaque publication
Le système doit également accepter des variations.
Les couleurs d’accompagnement, les proportions et l’agencement du cartouche peuvent être adaptés à l’univers de chaque fanzine. Les couleurs et les codes propres aux catégories SNBDA conservent leur fonction de repérage.
Il ne s’agit donc pas de créer un modèle rigide dans lequel toutes les publications devraient entrer de force.
Il s’agit de concevoir un ensemble de règles suffisamment cohérent pour être reconnu et suffisamment souple pour évoluer.
Anticiper les besoins futurs
Cette modularité permet d’envisager l’arrivée de nouvelles publications sans devoir repartir de zéro.
La structure existe déjà.
Il reste à l’adapter aux besoins éditoriaux et graphiques du nouveau support.
C’est précisément l’intérêt d’un système de design : ne pas résoudre plusieurs fois le même problème lorsque l’on peut concevoir une solution réutilisable.
Deux fanzines l’ont adopté, un troisième suivra en 2028
Le système a été adopté pour Bol d’Encre et Bol de Pastel, deux publications de l’AccaBD.
Cette adoption marque une étape importante dans le projet.
Elle permet de passer d’une réflexion graphique à un dispositif utilisé dans l’identité éditoriale de l’association.
Mais le travail ne s’arrête pas là.
Une autre publication, destinée à un public adulte, est prévue pour rejoindre le dispositif en 2028. Ce projet est distinct de Terreurs Nocturnes, qui n’utilise pas encore le SNBDA.
Cette évolution présente un intérêt particulier.
Elle confirme la nécessité de disposer d’un système capable d’accompagner des publications aux contenus et aux publics différents.
L’enjeu n’est pas de gommer leurs particularités.
Au contraire, il est de faciliter leur identification tout en conservant une appartenance graphique commune.
Du graphisme à la conception d’un langage visuel
Ce travail illustre une dimension du métier de graphiste qui dépasse la création d’une image isolée.
Un logo répond à un besoin d’identification.
Une couverture répond à des besoins de communication et de composition.
Un système graphique doit, quant à lui, répondre à plusieurs besoins simultanément et continuer à fonctionner dans des situations différentes.
Sa conception nécessite de réfléchir aux usages, aux contraintes et aux évolutions possibles.
Concevoir pour aujourd’hui et pour demain
Un dispositif trop spécifique risque de devenir inutilisable dès que les conditions changent.
À l’inverse, un système trop générique peut manquer de personnalité.
Il faut donc trouver un équilibre entre structure et liberté.
C’est cette recherche qui a guidé mon travail sur le SNBDA et son intégration éditoriale.
Une cohérence qui ne dépend pas de l’uniformité
Les fanzines de l’AccaBD peuvent conserver des univers graphiques très différents.
Leur point commun ne réside pas nécessairement dans leurs couleurs, leurs typographies ou leurs illustrations.
Il peut se construire à travers des éléments fonctionnels partagés.
Le SNBDA et son intégration au cartouche participent à cette cohérence.
Ils permettent d’identifier une logique éditoriale commune sans imposer une esthétique unique.
Le résultat : un système adopté et pensé pour évoluer
Le travail sur le SNBDA et son intégration graphique répond à plusieurs objectifs.
Il permet d’organiser les informations éditoriales, de faciliter l’identification des publications et de créer des repères communs entre plusieurs fanzines.
Son adoption par deux publications et son extension prévue en 2028 illustrent sa vocation évolutive.
Ce projet démontre également qu’une identité visuelle ne se limite pas à un logo.
Elle peut prendre la forme d’un ensemble de règles, de signes et de composants destinés à fonctionner ensemble.
Une identité commune, plusieurs univers
Chaque fanzine possède ses auteurs, ses histoires et son public.
Le système graphique n’a pas vocation à effacer cette diversité.
Il doit lui donner un cadre suffisamment solide pour être identifiable et suffisamment souple pour continuer à évoluer.
Parce qu’une bonne identité visuelle ne doit pas seulement fonctionner aujourd’hui. Elle doit aussi pouvoir accompagner les projets de demain.