
Comment moderniser le logo d’un fanzine historique sans renier son identité ? Et si, plutôt que de dessiner un bol à côté de son nom, les lettres devenaient elles-mêmes le récipient ?
C’est le parti pris de cette refonte du logo Bol d’Encre, le fanzine historique de l’AccaBD, association de bande dessinée basée à Caen, en Normandie.
Un travail de création typographique où l’image et le texte ne font plus qu’un, avec une ambition : donner au fanzine une identité forte, expressive et capable de s’adapter aux différentes couvertures.
Un logo historique qui avait besoin d’évoluer
Bol d’Encre possède une histoire graphique qui accompagne celle du fanzine. Le logo d’origine de l’association représentait déjà l’encre dans un bol : cette image m’a inspiré un retour aux sources.
Une génération suivante privilégiait un lettrage en capitales évoquant les titres des albums de Tintin, dans l’univers d’Hergé. La version utilisée en 2024 adoptait ensuite des lettres grises, épaisses et irrégulières, bordées de noir. Elle reprenait l’esprit des typographies des années 2000, elles-mêmes inspirées du style funky des années 1970.
La planche historique conserve la mention « Logo Actuel » de l’époque : elle désigne ici le logo utilisé en 2024, antérieur à ma refonte. Le logo adopté aujourd’hui par l’association est celui que je présente dans cette étude.
Le défi était de retrouver la force évocatrice du bol d’encre tout en construisant une identité avec les lettres elles-mêmes. Ce retour aux sources réinterprète un symbole historique avec un lettrage original, conçu pour s’adapter aux différentes couvertures.

Un bol qui ne se dessine pas, mais qui s’écrit
L’idée fondatrice de cette refonte repose sur une inversion du principe habituel de création d’un logo.
Plutôt que d’associer un pictogramme représentant un bol à une typographie, j’ai choisi de construire le récipient directement avec les lettres du titre.
Le logo devient ainsi une composition typographique et illustrative.
BOL : des lettres qui deviennent de l’encre
Les trois lettres du mot « BOL » forment la partie supérieure du récipient.
Leurs formes arrondies, déformées et organisées en spirales évoquent un liquide en mouvement.
Elles semblent flotter, tourbillonner et se mélanger à la surface du bol.
La lecture n’est pas immédiatement conventionnelle, et c’est volontaire.
Le regard identifie d’abord une forme graphique avant de déchiffrer les lettres qui la composent.
Cette approche transforme la typographie en matière vivante.
Le mot BOL ne se contente plus de désigner le récipient : il devient son contenu.
D’ENCRE : une structure solide pour contenir la création
À l’inverse, le mot « D’ENCRE » repose sur un lettrage massif et robuste.
Ses lettres sont construites pour épouser la forme du récipient et suggérer son volume, malgré une représentation en deux dimensions.
Cette opposition est essentielle à la composition.
D’un côté, la fluidité et le mouvement.
De l’autre, la structure et la stabilité.
L’ensemble crée un contraste entre la matière créative et le contenant qui l’accueille.


Un clin d’œil au neuvième art caché dans la ponctuation
Dans cette composition, même l’apostrophe possède une fonction graphique.
Celle du mot « D’ENCRE » prend la forme du chiffre 9, intégré dans un phylactère.
Ce détail constitue une référence directe au neuvième art : la bande dessinée.
Le phylactère, élément emblématique du langage BD, vient renforcer cette appartenance sans nécessiter l’ajout d’un pictogramme supplémentaire.
La mention « Fanzine d’AccaBD », placée sur le pied du bol, complète l’identification.
Sa fonction reste volontairement secondaire.
Elle contextualise la publication sans concurrencer le titre principal.
Chaque élément possède ainsi sa place dans la hiérarchie visuelle.
La lisibilité n’est pas toujours une question de lecture immédiate
C’est probablement le choix le plus discuté de cette refonte.
Les lettres du mot « BOL » ne se lisent pas aussi facilement que celles d’une typographie classique.
Mais fallait-il vraiment chercher cette lisibilité immédiate ?
Un logo ne remplit pas exactement la même fonction qu’un texte courant.
Il doit aussi posséder une silhouette, une personnalité et des caractéristiques visuelles permettant de le reconnaître.
Dans le cas du Bol d’Encre, j’ai volontairement privilégié une première lecture par l’image.
Le spectateur découvre un récipient contenant une matière en mouvement, puis identifie progressivement les lettres qui le composent.
Cette double lecture n’est pas un défaut de construction.
C’est le principe même du logo.
Et dans l’univers de la bande dessinée, où texte et dessin se complètent, cette approche prend tout son sens.
L’image peut raconter avant que les mots soient lus.
Moderniser une identité, c’est aussi bousculer les habitudes
La refonte d’un logo historique ne se résume jamais à une question de dessin.
Une identité ancienne possède une valeur affective. Elle accompagne des souvenirs, des publications et parfois plusieurs générations de participants.
La faire évoluer peut donc susciter des résistances.
Dans le cas du Bol d’Encre, les discussions ont notamment porté sur trois questions : la lisibilité, l’attachement à l’identité précédente et le caractère très affirmé de la nouvelle création.
Ces débats étaient importants.
Ils obligeaient à expliquer les choix graphiques et à distinguer les habitudes visuelles des véritables besoins de la publication.
Faut-il nécessairement conserver les codes du passé ?
Respecter une identité historique ne signifie pas reproduire indéfiniment les mêmes solutions graphiques.
L’ancienne typographie possédait une personnalité.
La nouvelle devait en posséder une également, sans nécessairement reprendre les mêmes formes.
Une identité doit-elle chercher le consensus ?
Un logo trop neutre peut facilement perdre ce qui le rend identifiable.
À l’inverse, une identité graphique affirmée prend le risque de surprendre, de diviser les avis et de demander un temps d’appropriation.
C’est un choix que j’assume dans mon travail de création.
L’objectif n’est pas de provoquer gratuitement, mais de donner une personnalité cohérente au projet.
Une identité visuelle ne doit pas seulement être acceptable. Elle doit avoir quelque chose à raconter.
Après les échanges et les discussions, cette nouvelle identité a finalement été adoptée par l’association.
Une validation qui marque l’aboutissement du travail de conception, mais aussi de l’argumentation graphique qui l’a accompagné.
Une identité pensée pour des couvertures très différentes
Un fanzine collectif présente une particularité importante : son univers visuel change régulièrement.
Chaque couverture peut accueillir un illustrateur différent, avec son propre style, ses couleurs et ses choix de composition.
Un logo trop rigide risque alors d’entrer en concurrence avec l’illustration.
La nouvelle identité du Bol d’Encre a donc été conçue pour conserver sa personnalité tout en acceptant différentes déclinaisons.
Une silhouette constante, des traitements variables
Le principe consiste à préserver la construction générale du logo tout en permettant plusieurs adaptations :
- Une version monochrome pour les utilisations simples.
- Une version blanche adaptée aux fonds sombres.
- Des déclinaisons colorées.
- Des traitements avec dégradés et effets de volume.
- Des adaptations chromatiques liées à l’univers de certaines couvertures.
La forme reste identifiable, même lorsque son traitement graphique évolue.
Cette souplesse est particulièrement importante pour une publication consacrée à la diversité des expressions artistiques.

Le bol comme symbole de création collective
Au-delà de sa construction graphique, ce logo repose sur une symbolique directement liée au fonctionnement du fanzine.
Le bol représente un contenant.
Il accueille quelque chose.
Dans cette identité, il devient une représentation du fanzine lui-même : un espace commun destiné à recevoir les créations de plusieurs auteurs.
L’encre, quant à elle, évoque la matière graphique, le dessin et la bande dessinée.
Les lettres en mouvement traduisent cette diversité créative.
Le récipient conserve sa structure tandis que son contenu peut évoluer.
C’est également ce qui caractérise une publication collective : une identité commune accueillant des univers artistiques différents.
Le bol reste. L’encre change. Les auteurs s’expriment.
Le résultat : une identité expressive, adoptée et évolutive
Cette refonte du logo Bol d’Encre ne cherchait pas simplement à moderniser une typographie.
Elle visait à donner une forme graphique à l’identité même du fanzine.
Le résultat associe plusieurs dimensions :
Une silhouette reconnaissable, un lettrage original, une référence au neuvième art et une construction adaptable aux différentes éditions.
Le projet a également démontré qu’une identité visuelle forte peut nécessiter des explications, des échanges et une véritable défense des choix créatifs avant d’être adoptée.
C’est aussi cela, le métier de graphiste : ne pas seulement proposer une forme, mais être capable d’expliquer pourquoi elle existe.
Un logo qui raconte son propre nom
Avec cette nouvelle identité, Bol d’Encre devient plus qu’un titre composé en lettres.
Il devient une image.
Un récipient.
Une matière en mouvement.
Et surtout, un symbole de création collective.
Un bol, de l’encre et des histoires à raconter.